La nuit étoilée de Vincent Van Gogh : zoom sur une des toiles les plus reproduites du marché

Publié le : 31 mai 20197 mins de lecture

En 1889, suite au fameux épisode de l’oreille coupée, Vincent Van Gogh fait un séjour à l’établissement psychiatrique de St Rémy de Provence. C’est par une nuit de juin qu’il réalise une étude de « nuit étoilée », exercice qu’il avait réalisé l’année d’avant dans sa Nuit étoilée sur le Rhône. L’œuvre est aujourd’hui conservée à New York (MoMA). La Nuit étoilée de Van Gogh frappe par un sentiment paradoxal d’harmonie et de déconstruction, et ses dehors tourmentés, tourbillonnants et vifs cachent en effet une composition chargée de signes. Zoom sur une des toiles les plus reproduites du marché.

1 – Petite histoire de la Nuit étoilée

L’histoire de la Nuit étoilée apparaît à un tournant de la vie de Vincent Van Gogh (1853 – 1890). En février 1888, il quitte Paris pour Arles, dans le Sud de la France. Son style change : courbes vives, couleurs pures, et ces spirales, presque des tourbillons. Ses sujets aussi : finie la vie parisienne, il se met à peindre la France méridionale. Il réussit même à convaincre son grand ami Paul Gauguin de le rejoindre.

Mais survient une violente dispute, au cours de laquelle Van Gogh menace physiquement Gauguin. Gauguin s’en va, et Van Gogh, dans son désespoir se mutile l’oreille et plonge dans une profonde dépression. De mai 1889 à mai 1890, il séjournera à l’hôpital psychiatrique de Saint-Paul-de-Mausole, au cœur du monastère du même nom, en Provence. Il y produisit la plus belle part de son œuvre post-impressionniste : outre la fameuse Nuit étoilée (juin 1889), Iris, de nombreux autoportraits, le Couloir de l’hospice Saint Paul, la Colline à Saint-Rémy, le Jardin de l’Asile, l’énigmatique Fontaine dans le jardin de l’Asile, l’émouvante Vue sur l’église de Saint-Paul-de-Mausole, Les Cyprès, …

Selon sa correspondance, c’est vers le 18 juin que la Nuit étoilée aurait été peinte, depuis sa chambre. L’œuvre est une huile sur toile, 74 cm x 92 cm, conservée désormais au Museum of Modern Art à New York.

2 – La Nuit étoilée : une composition post-impressioniste

Juin 1889 : nuit particulièrement brillante, au loin brille Vénus, et sous la lumière de l’étoile du Berger souffle un vent sec. Là le petit village de Saint-Rémy, comme regroupé autour du clocher de son église, ici le village qui ne sommeille pas totalement, quelques fenêtres éclairées, sans doute quelques aubergistes affairés à la recette du lendemain.

La vue est en quelque sorte barrée par un cyprès. Est-ce le vent ou les nuages, ou les deux, que nous voyons comme se faufilant à travers la lumière auréolée des étoiles ? sans doute le même vent qui court collines et vallons des Alpilles, à rebours de la lumière mi- blanche mi- jaune qui s’écoule de la Lune.

L’artiste est seul, il mesure toute sa solitude. Les nuits sont blanches, ces nuits qui, comme il l’écrira à sa sœur, sont plus richement colorées que les journées et qui le ramènent à sa fascination pour le Ciel étoilé dont il parlera si souvent à son ami Emile Barnard. Le choix des couleurs est à l’image de cette obsession quasi-enfantine : noirs profonds, verts profonds, bleus profonds. Beaucoup de profondeur : dans la vue, dans la réflexion, dans les choix esthétiques, dans la composition, dans l’impression de maîtrise.

3 – Le marché des reproductions de Van Gogh : Dafen (Chine)

Il est difficile d’évaluer le marché que constituent aujourd’hui les reproductions des peintures de Van Gogh. Un nombre croissant de sites internet affichent à des tarifs imbattables des reproductions d’origine chinoise. Plus précisément de la ville de Dafen, située près de Shenzhen, où plus de 10 000 individus vivent de la reproduction industrielle.

La ville de Dafen est connue comme un centre mondial en la matière, dont 60% des copies bon marché seraient originaires ! L’industrie chinoise de la peinture reproductive s’appuie sur une main-d’œuvre jeune, diplômée des Beaux-Arts, et sur des procédés industriels très bien rodés. D’abord les couleurs de fond, studieusement appliquées par des badigeonneurs – le vert des cyprès, le blanc des étoiles et de leurs auréoles, celui des nuages, les bleus du ciel et des murs des maisons. Ensuite c’est au tour des formes de voir le jour sous le pinceau dégrossi d’un « artiste » plus expérimenté. Puis un troisième « artiste » affine le résultat et envoie le tout au contrôle qualité. En fin de chaîne, une Nuit étoilée à s’y méprendre, prête à l’export pour les foyers d’Europe et du Moyen-Orient.

4 – Les reproductions consensuelles du Musée Van Gogh

Mais il existe aussi des reproductions plus consensuelles, à l’image de l’exposition Relievo, organisée en févrrier 2015 par le Musée Van Gogh d’Amsterdam lui-même à l’occasion 125ème anniversaire de la mort du maître.

Le principe : des copies quasi-parfaites sont réalisées par FUJIFILM, sur la base d’un procédé 3D qui scanne les œuvres originales dans les moindres détails, et restitue le tout grâce à des têtes d’impression à très haute précision. Ces copies numériques sont à peine différenciables des originaux. L’exposition a eu lieu successivement dans des grands établissements hôteliers de Los Angeles, Hong Kong et Dubaï. Parmi les 9 répliques exposées, la « Nuit étoilée », les célébrissimes « Tournesols », la « Récolte ».

A la fin de chaque exposition, les répliques furent mises en vente, au bénéfice du Musée qui procède à d’importantes rénovations. L’objectif étant de reproduire 260 fois chacune des 9 œuvres, soit 2 340 copies pour un montant de plus de 53 millions €.

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